C’eût été la chute

Madame sans vouloir, laissa jaillir un sein
Et chacun aussitôt vient jeter son regard
Sous des yeux affamés, un regard assassin
Mais Voltaire dira :lVoici le grand pendard!
Publié dans : Poésie | le 1 juillet, 2022 |Pas de Commentaires »

Pourquoi ce soir

Pourquoi ce soir je pense à toi
Maman
Pourquoi il me semble encore être
Dans tes bras
Pourquoi par moment j’entends
Cette chanson
Que tu me chantais le soir
Avant de m’endormir
Pourquoi n’es-tu pas à présent
A mon côté
Pour me raconter ta jeunesse
Sans ta maman
Que tu as perdue
A six ans
 
Pourquoi ai-je toujours mal
Sans toi
Sans ta main caressante
Sans tes douces paroles
Pour me consoler
Sans ton regard unique
Qui devine tout
Quand quelque chose
Ne va pas
Qu’est devenu ton amour
Sans limite
Où sont tes mots apaisants
Qui venaient toujours
A point
 
Il me semble ce soir
Que tu es plus que jamais
Présente
Que tu regardes ce que je fais
Sans toi
Que tu devines
Mes pensées
Que tu veux encore
Me guider
M’éviter surtout
Le mauvais chemin
Les pièges de la vie
Me redire une fois encore
Que seul l’amour
Peut nous sauver
Et que le salut ne peut venir
Que de nous-mêmes
 
Maman
Dis-moi que tu es là
Que je ne rêve pas
Que tu vas tout à l’heure
M’appeler
Dans ta langue natale
Pour me murmurer:
« Figlio mio
Pensa a me
Se voï andar lontano
Saro sempre
Presso di te
Per aïutarti
A trovare
La felicita »
 

 

Publié dans : Poésie | le 30 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Dans le creux de l’oubli

 
La main tremble ce soir, il n’est plus de poème
Ni thème dans l’esprit et nulle inspiration
Un avertissement ou bien un anathème
Peut-être est-il besoin d’un pas d’aération ?
 
Quoi, faut-il esquisser quelque pas en arrière
Dans le Nord, en Moselle, aux mines de charbon
Tentative aujourd’hui est elle la dernière ?
Mais pour me recharger on voit que tout est bon!
 
Et les amours enfin mais que deviennent-elles,
Sont-elles là encore ou mortes dans l’oubli
Brillent-elles au ciel dans un vol d »horondelles ?
Dans le jeu du hasard il ne reste aucun pli
 
En essayant en vain de reprendre la plume
Dans mon for intérieur on me dit d’y aller
Une hampe funèbre aussitôt qui s’allume
Résultat c’est l’abysse et non le Tourmalet!
 
Dans un renoncement on efface la page
Car tout écho s’est tû, un silence profond
Pourquoi recommencer, c’est trop tard à mon âge
Car la  lumière hélas! est engloutie au fond
Publié dans : Poésie | le 27 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Je viens de perdre ma maman

Une main cette nuit a frôlé mon visage,
Sans reconnaître alors ce geste inattendu
Me suis dit aussitôt: C’est un rêve d’usage
Ensuite ai retrouvé le sommeil qui m’est dû
 
Uhe main cette nuit approcha mon épaule
Encore un songe fou que je n’attendais pas
Mais là, en cet instant, il s’échappe et s’envole
Sans doute une bestiole esérant un appât
 
Une main cette nuit caressa ma poitrine
J’arrêtais tout à coup toute respiration
J’essayais de trouver le fait que l’on devine
Et décidais alors de porter attention
 
Une main cette nuit toucha ma chevelure
Comme çà, doucement, un doigté délicat,
Je voulais réagir et d’une vive allure
Contre ce mouvement en un geste adéquat.
 
Une main cette nuit a effleuré ma lèvre
J’esquissais un recul, étonnament surpris
J’ai cru naïvement que c’était de la fièvre
Et puis je ne sais pas vraiment ce qui m’a pris ?
 
Une voix cette nuit a charmé mon oreille
Je ne savais que faire en ce nouveau tourment
Mais oui, l’ai reconuue, elle est là sans pareille
Un sommet de douceur:  » Mon chéri, c’est Maman »
 
Constant  Orphelin
 
Publié dans : Poésie | le 26 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Après Marie

ll est vide à présent ce lieu du Clos Marchais
Son âme a disparu en emportant Marie
L’un ou l’autre muet, se taisant, le cachait
La tristesse aujourd’hui aux regrets se marie
 
Elle était si discrète, elle était si charmante,
Que chacun l’admirait, lui a -t- on assez dit
Son eistence en fait a -t- elle été clémente ?
Personne n’en est sûr, et nul le contredit
 
Le blé ne pousse plus dans le champ de Daniel
Les cerisiers sont morts, les roses sont en pleur,
Les fleurs qu’elle adorait ne tombent plus du ciel
N’avons plus qu’à prier, contenir la douleur
 
On retrouve son rire en l’évoquant ce soir
Et sa timidité était si naturelle!
Elle gagnait les coeurs ainsi sans le savoir
Et la complicité se faisait autour d’elle
 
Que de larmes encor pour Constant et Perrine
Leur vie est autre chose, il leur manque un soutien
La tristesse on le sait, si forte qu’on devine
Les détruit chaque jour, déchirante ô combien!
 
Alors joignons nos mains dans l’ardente prière
Que son âme reçoive une bénédiction
Que le Seigneur lui offre une grâce dernière
Qu’elle reste en nos coeurs sans nulle rémission

 

 

 

Publié dans : Poésie | le 26 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

J’ai rêvé dun poème

J’ai rêvé d’un poème
Qui n’exprimerait rien
Qui parlerait quand même
Ni en mal ni en bien
 
Pas de rhytme ou de rime
Pas d’éclat pas de frime
Pas de compte de pîeds
Juste ce qui me sied
 
Au diable toute extase
Miracle d’une phrase
Au feu l’inspiration
Que vive l’abstention
 
Pas même une envolée
Pas une ligne ailée
Sans vers éblouissant
Pas de larme ou de sang
 
Pas de page idyllique
Pas de couplet magique
Pas d’air éxubérant
Sans être au premier rang
 
Juste un cas de présence
Se taire avec aisance
Un simple petit pli
Pour éviter l’oubli
 
Pas Rimbaud, Baudelaire
Pas Desnos ou Chenier
Pas même Apollinaire
N’être que le dernier
Publié dans : Poésie | le 23 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Jadis Madame

Lorsque nous habitions là-bas, près de Paname
 
Rappelez-vous pourtant qu’il fut jadis Madame
 
Un temps où frémissaient les roses de septembre
 
On pouvait voir chez vous superbe pot de chambre!
 
Ce précieux souvenit reviendra-t-il peut-être ?
 
Alors en attendant pissons par la fenêtre !
Publié dans : Poésie | le 23 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Opéra

 
Ce soir en écoutant pleurer la Traviata
Je pensais à Verdi, à son génie unique,
A l’immense chagrin de cette Violetta
Un point d’orgue sacré de toute la musique !
 
 
Pourquoi tant d’enthousiasme enivrant cœur et âme,
Ces grands choeurs exaltants qui frémissent dans l’ombre
Ces voix d’un autre monde où jaillissent des flammes
Les célèbres ténors dont j’ignore le nombre ?
 
 
Divas du bel  canto , on pense à La Callas
Orchestres de talent et décors fastueux,
Butterfly, Nabucco, La Tosca ou Paillasse
Comme un enchantement superbe et généreux !
 
 
O Dieu qui m’écoutez, confiez-nous la clé
De cet enivrement que n’approche rien d’autre,
Cette douce évasion, bonheur inégalé,
Emportez-moi vers vous dans l’Eden qu’est le vôtre.
 
 
Dites-nous qu’il n’est pas d’autre joie ici-bas
Qui par quelque miracle engendre notre extase
Et ne mourra jamais, que l’on n’oubliera pas,
De tout autre argument qu’on fasse table rase…
Publié dans : Poésie | le 21 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Inconnue au sérail

J’irai par les chemins où s’épanouit la rose
Avec l’élan vital d’un amour infini,
C’est vrai qu’en notre vie il n’est pas autre chose
Que le hasard parfois au destin a fourni.
 
Et je reconnaîtrai son essence divine
Parmi les purs encens que l’on voudra m’offrir
En maîtrisant alors l’émoi que l’on devine
Pour avoir su choisir ainsi sans coup férir.
 
J’attendrai impatient l’image de légende
La créature unique inconnue au sérail
Au corps ensorceleur, aux grands yeux en amande
Au sourire enjôleur illuminé d’émail.
 
Je ne bougerai pas n’esquissant aucun signe
Espèrant de sa main le geste qui dit « oui »
Ma montrerai alors un amant fier et digne
De jouir s’il se peut, d’un bonheur inouï !
 
Soumis et dévoué, je serai son esclave
Son caprice attendu, sa chose, son objet,
Gardant mon rêve fou comme dans une enclave
Lui réservant le soir : Un « Je t’aime ! » en un jet.
 
Que dira -t-elle alors cette belle déesse
Shéhérazade ardente aux avances sans peur ?
« Pas du tout cher Monsieur, êtes trompé d’adresse
Ne désire qu’un tigre et non pas un rimeur… »
 

Publié dans : Poésie | le 20 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Au ciel de ton âme

J’errerai le long de tes nuits
 
Dans les nuances nacrées d’une lune
 
Éveillé par les lueurs de ta peau
 
Comme une douce symphonie
 
Caressant l’amour
 
Mais à l’aube naissante
 
Tu auras disparu
 
Dans le flonflon de mes rêves
 
Emportée à jamais
 
Dans l’Eden de ta beauté
 
Où nul ne pourra t’approcher
 
Sans se brûler les yeux
 
En s’agenouillant
 
Face au ciel éblouissant
 
De ton âme
Publié dans : Poésie | le 19 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Les années 70

Cinquante ans déjà…

Pouquoi ces années 70 se bousculent dans ma mémoire ?

Il y avait les tee-shirts. Ils étaient blancs.Les demoiselles de bonne famille ( dont ma fille Marie-Laure) les arboraient fièrement avec la fameuse formule ; « Giscard à la barre » qui ornait leur poitrine plus généreuse que jamais.

Le reproche adressé à Mitterrand par Giscard : « Vous n’avez pas le monopole du cœur : ». faisait fureur. Le candidat socialiste n’avait rien trouvé de mieux comme slogan que « Mitterrand Président ». La rime était bien pauvre !

Ne pas oublier qu‘Emmanuelle était en permanence à l’affiche sur les Champs Elysées. Le cinémas était en pleine forme : Sautet tournait Vincent François, Paul et les autres. Yves Robert c’était ; Un éléphant ça trompe énormément, un scénario de Jean-Louis Dabadie. Adjani prenait une  Gifle  et quittait la Comédie Française. Dans  Le vieux fusil Noiret déclarait sa flamme à Romy Schneider et dessoudait une garnison de SS. Les dents de la mer ont des effets indésirables : l’été les vacanciers hésitaient à se baigner.

Les films catastrophes avaient beaucoup de succès. Pour Tremblement de terre, les fauteuils vibraient au moment des secousses Les ambulances stationnaient devant les salles qui projetaient L’exorciste. Le public se tordait devant les exentricités de Monthy Python et les parodies de Mel Brooks. A nous les petites anglaises vantait le tourisme outre-Manche et préconisait une façon inédite de danser le slow. Taxi Driver raflait la palme d’or. Les chefs d’oeuvre encombraient les écrans : Apocalypse now, Voyage au bout de l’enfer, Vol au-dessus d’un nid de coucou, Manhattan, Barry Lindon.

Dans les cafés les taxiphones fonctionnaient avec des pièces de 20 centimes. Les garçons apprirent avec un cri au cœur le mariage de Caroline de Monaco. Le Palace était la boîte incontournable où le disco régnait. Sur la piste des banlieusards en pantalons à pattes d’éléphant imitaient le Travolta de la Fièvre du samedi soir.. Le reggae rythmait les soirées. Gainsbourg en fit une Marseillaise, et échappa de peu à la vindicte des parachutistes. Bientôt, certains se mirent des épingles à nourrice dans le nez. Le punk déboulait. On mangeait des hamburgers entre deux théâtres pornos. Les dames étaient au volant de petites Auto-bianchi.

Bernard Hinault règnait sur le tour de France. En foot-ball les Verts raflaient la mise. A Roland Garros un suédois aux cheveux blonds jouant en fond de cour : Borg était toujours vainqueur. Mac Enroe, après ses services inédits, passait son temps à engueuler l’arbitre. Jimmy Connors poussait des cris de bucheron à chaque service, le paraguayen Victor Pecci avait une boucle d’oreille offerte par son père milliardaire, Guillermo Villas le vainqueur gaucher qui écrivait des poèmes.

Le dimanche après le gigot aux oignons, personne ne ratait  Le petit rapporteur. Jacques Martin lançait Daniel Prévost et Pierre Desproges. Puis ce fut le tour de Collaro-show.. Georges Marchais avait son cri du cœur ; « Taisez-vous El-Kabach ! »

Impossible d’accepter un diner le soir avec « Apostrophes . Chez Bernard Pivot apparut Bernard Henri Lévy avec sa chemise blanche, Jean d’Ormesson avec ses yeux bleus. Un certain Ajar obtenait le Goncourt pour La vie devant soi. Bis dans la peau de Romain Gary qui se suicida. Modiano le Nobel.

Mais il était permis de rire avec La cage aux folles qui triomphait au Palais-Royal.

Thierry Le Luron parlait le Giscard à la perfection. Jean Louis Bory s’écharpait avec

Georges Charensol. Il se suicida -a -t- on idée?- le jour de la mort de John Wayne. On retrouve le cadavre de Jean Seberg à l’arrière d’une R.5. Khomeny se réfugie à Neauphle-le-chateau, voisin de Marguerite Duras. Le baron Empain est kidnappé et y laisse un doigt et son empire. Pasolini se laisse assassiner.

Quelque chose était en train de changer mais on ne savait pas quoi. Ce n’était pas seulement les diamants de Bokassa, ni les Bains-douches qui avaient supplanté le Palace. La musique se répétait : Un cinglé tirait sur John Lennon, les Stones essayaient de ne pas se séparer. L’air de rien, Spielberg et Lucas s’apprêtaient à détruire le cinéma qu’ils avaient aimé. Après La guerre des étoiles plus rien n’a été pareil. Le monde est devenu un parc à thème. Du coup, la nostalgie fait rage.

Aujourd’hui les tee-shirts « Giscard à la barre » se revendent fortunes.

Mais les années 70 c’était aussi :

Les disparus parmi d ’autres :

Picasso, P.Neruda, Pompidou, M.Pagnol, P.Fresnay, F.Blanche, D.Ellington, M.Simon, Visconti, V de Sicca, A.Magnani, M.Achard, Malraux, M.Callas, C.Chaplin, Nabokov,Clouzot, C.Dauphin, C.François, Coquatrix, J.Kessel, Rosselini, Y.Ptintemps, Bourvil, Giono, S.François, E.Triolet, Mauriac, Stravinski, Fernandel, S.Valladon, J.Romains, F.Gravey, M.Chevalier, Pasolini, G.Mollet, B.Crosby, E.Presley, J Wayne, L.Armstrong, Mariano, R Souplex, C. de Gaulle…

Mais aussi des événements tels que ;

Apollo 13, le Watergate, le TGV, Alain Collas la transat en solitaire, Bobby Fischer champion du monde aux échecs,, Mark Spitz 7 médailles aux J.O, l’affaire Dominici, 1er vol d’Airbus, la carte à puces, le roi Fayçal assassiné, création Microsoft, Borg remporte Rolland Garros, Mohamed Ali champion du monde pour la 13ème fois, Pasolini assassiné, Le Concorde, Création Apple, Les grosses têtes, le Centre Pompidou, début Eurotunnel, enlèvement baron Empain, assassinat Aldo Moro, 1er bébé-éprouvette, les diamants de Bokassa, Mère Teresa prix Nobel , PionnerIII survole Saturne.

Publié dans : Poésie | le 17 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Ciao…

L’église est remplie de fleurs
Je n’en demandais pas tant
On vient de me déposer lentement
Devant l’autel
D’où montent de petits nuages d’encens
 
Je suis à l’étroit dans ce cercueil
Comme je l’ai été dans mon existence
Les discours et les prières
Qui vont suivre
Ne m’intéressent pas
On trouve toujours des choses à dire
Sur n’importe qui
De toutes façons
On va gommer
Repasser en bleu les zones d’ombre
Epingler des regrets par ci par là
Idéaliser peut-être
 
Très peu pour moi
Et de plus
Ils vont trouver le moyen
De me faire bailler dans mes bois
Les vaches !
Non, ce que j’attends
C’est autre chose:
Attendez:
Ca y est, ça commence
Chut!
 
Cela résonne admirablement
Dans la nef grandiose
C’est le « 3 ème nocturne »
Dit « Liebestraum » ou
« Rêve d’amour »
De Franz Liszt
Joué par Arthur Rubinstein
Nul n’a fait mieux depuis
J’imagine le pianiste
Fermant les yeux
Sans même regarder le clavier
S’échapper dans ce rêve frémissant
 Alors que ses doigts
Ne lui appartenant plus
Courent sur l’ivoire
Comme dans une caresse infinie
C’est devenu une œuvre culte
Surtout après avoir lu et relu
La vie passionnée de son compositeur
Qui sut révolutionner la pianistique
 
Cette attaque du mi bémol
« Pocco allegro, con affetto »
M’a toujours fasciné
En faisant ressortir
Le champ limpide et lumineux
Parmi les autres notes carillonnantes
 
Fort heureusement
C’est le silence
Sur ma demande expresse
- Du temps où j’osais encore
Demander quelque chose-
Le silence donc a envahi
L’enceinte solennelle
Et ces notes sont ponctuées
Comme des gouttes d’eau
Sur une harpe céleste
 
La magie opère toujours
Sur ce corps résiduel
Où pourtant j’accueille
Avec une sérénité nouvelle
Ces larmes d’harmonie
Qui ne peuvent naître
Que de doigts divins
Que d’une inspiration unique
Dans la dramatisation de l’amour
Que d’un instantané transcendant
Qui a du porter une âme
En dehors d’elle-même
Pour figer au passage
L’osmose inespérée avec l’irréel
 
 J’avais si peur
De partir définitivement
Sans l’écouter une dernière fois
Sans me couler subrepticement
Dans l’onde modulée de cette musique
Qui a toujours fait vibrer
La moindre de mes fibres
Et embué mes yeux
Tout simplement
Car tel est le don
De ce langage universel
Qui nous interpelle
Et nous retient
Comme un tableau qui s’efface
A mesure qu’on le peint
 
Il faut dire que je me trouve
Dans les conditions idéales d’audition:
Silence
Obscurité
Immobilité
Pas même un toussotement dans l’église
C’est trop beau merci
Merci à ceux qui ont pu
Exaucer mon vœu
Malgré sa singularité
 
Juste avant
Le « più animato con passione »
Les perles s’égrainent
Dans un ruissellement harmonique
Qui me comble de joie
Et fort heureusement
Personne ne se doute
De ce large sourire que j’arbore
Moi qui avais la réputation
-O combien justifiée!-
De «  toujours faire la gueule »
 
Il faut dire que j’étais mal à l’aise
Dans l’habit de la vie
Et cela se traduisait naturellement
Par des réactions
Qui n’étaient pas du goût de tout le monde
Et surtout de ceux
Qui croyaient me connaître le mieux
Par nature
Par la complexité de notre physiologie
Nous sommes multiples
Et contradictoires
C’est pourquoi il nous est si peu commode
De suivre rigoureusement
Les rails imposés par l’existence
Et la survie
Dans une société composée surtout d’à-priori
 
Voilà
Maintenant c’est « appassionato assai »
Qui s’instille dans mes veines
Comme dans une définitive béatitude
Tout à l’heure
Pour la première fois
Je vais suivre le droit chemin
Entre l’église et le cimetière
Mais chut!
Laissez-moi écouter la fin
Après l’éblouissement de petites notes trillées
Subtilement
Là-bas tout au fond du clavier
Avec une vélocité vertigineuse
Le thème revient
Transcendant
Triomphant dans l’apothéose majeure
D’un « cantando espressivo »
Se déroulant au ralenti
Majestueux et grave
Allant graduellement mourir
Sur un point d’orgue
Unique de reconnaissance.
 
 Ca y est, ça ballote.
Voici les médaillés funéraires
Empoignant mon enveloppe
De sapin de Finlande
Qui brinquebale cahincaha
Dans le pas non cadencé
Mais presque
D’une procession ridicule
Ponctuée de quelques reniflements
En sourdine
C’est le sempiternel Bach
Sous les pédales de bois
D’un organiste anonyme et indifférent
Tape-cul des marches à la sortie
Glissade toboggan des Algonquins
Dans je ne sais quel corbillard
De noir et de feu
Promenade au ralenti et serpent funeste
Dans l’espace vert où l’on a retenu
Mon saule non pleureur
Cordes sans rappel en sous-sol
Les dernières mottes se ramassent à la pelle
 
Enfin seul , les yeux grands ouverts
Sur l’avenir de mon âme
Et regard dédaigneux
Sur ce qui reste du clown triste
Qui vient d’exécuter son dernier tour de piste
La chape du grand mensonge
Se brise enfin
Et jamais, jamais
Il y eut tant de lumière en moi…
Publié dans : Poésie | le 13 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

une page musicale

 
 
Si je devais ces soir
Ecrire une page musicale
Je m’avancerais lentement vers mon piano
Et je commencerais par caresser délicatement
Ses touches
Des blanches aux noires
Et des noires aux blanches
Doucement
Voluptueusement
Comme une femme que l’on désire
Comme les pétales d’une rose
Que l’on s’apprête à humer profondément
Pour s’imprégner une fois encore
De ce parfum
Pouvant hanter les nuits d’un homme
Qui se croit seul dans un univers hostile
Et qui pense s’en soustraire
Par le truchement d’un rêve imaginaire
Constellé d’étoiles insolites
De diamants d’un autre monde
Où la Beauté
Serait souveraine et porteuse d’éternité
D’un monde inconnu et merveilleux
Où on n’aurait que le choix
Entre l’amour et l’amour
La joie et le ravissement
La béatitude et le bien-être
Et où à tout instant
On pourrait murmurer
« Comme je suis bien
Et heureux de ne pas être ailleurs »
Un monde construit de toutes pièces
Par notre esprit avide d’apaisement
Et de sérénité
 
 
 Un monde qui n’existe sans doute pas encore
Car les assauts répétés du quotidien
Nous obligent à suivre le rythme
A rester dans la mêlée
Et surtout dans la défensive
Armés cependant d’un bouclier de tolérance
Et de philosophie
Face aux questions sans réponse
Qui jaillissent chaque jour
Dans notre condition commune
Où le hasard se déguise parfois en Dieu
Qui intervient si peu
Au long de notre itinéraire
 
Et puis ému
J’irai faire vibrer ce mi bémol improbable
Là-bas, tout au bout de ce clavier frémissant
Après un adagio couleur de crépuscule
Alors que ma main gauche attardée
Sera venue dans un déroulement dégressif
Rejoindre la droite
Dans une connivence délicate et harmonieuse
Pour tenter un épanouissement final
qui
Après le dernier accord
Imprime encore dans l’âme
Cette sensation de plénitude
Et d’accomplissement indéfinissable
Comme dans un domaine surnaturel
Et inaccessible
Que les mots ne peuvent pas traduire
Tant il est difficile de les associer
A cet état de grâce
Qui semble ne plus nous appartenir
En nous laissant sous l’emprise
D’un magnétisme subversif
Paralysant toute réaction physique
Comme si…
 
 
 Comme si nous accomplissions déjà
Les premiers pas dans ce paradis fictif
Que la tradition biblique a essayé de nous inculquer
Comme étant le refuge suprême
Des âmes naufragées après le parcours terrestre
A la recherche d’une survie
Ou d’une résurrection salvatrice
Sans possibilité d’un retour inattendu,
Alors qu’ici
Ce qui fait la force de cette parenthèse
C’est justement
La non-pérennité de cet éclair de lumière
Avec la conscience confuse
Qu’elle ne sera que furtive
Instantanée
Unique
Et que tout de suite après
L’ombre reprendra ses droits
Dans la banalité du quotidien
Et l’usure progressive du temps
Qui chaque jour
Grignotera un peu de notre âme
De nos artères
De notre cœur
De notre sensibilité à fleur d’homme
De cette particularité qui nous est propre
Nous faisant en permanence
Penser à la mort
Tout en nourrissant
Un impétueux désir de vivre
Et de nous perpétuer
Comme si nous avions cru un instant
A la prophétie de l’immortalité
En point d’orgue
 
Si je devais ce soir
Ecrire une page musicale
Publié dans : Poésie | le 10 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

La blanc a tué mon père

Le Blanc a tué mon père
 Car mon père était fier
Le Blanc a violé ma mère
Car ma mère était belle
Le Blanc a courbé mon frère sous le soleil de route
Car mon frère était fort
Puis le Blanc a tourné vers moi
Ses mains rouges de sang
Noir
M’a craché son mépris au visage
Et de sa voix de maître
« Hé boy, un berger, une serviette, de l’eau ! »
David Diop
 
NB : j’ai vu pour ma part
à Bobo-Dioulasso (Haute Volta- A.O.F) en 1951
Un mécanicien stupide , Jean Travet, s’adresser au garçon noir
dans la brasserie de l’aérodrome, pour l’interpeller
en claquant des doigts d’un air supérieur:
« Hé nègre! amène un pastis! »
Au moment de partir le dit garçon m’a confié:
Je suis en 3ème année de médecine,
et c’est à cause de gars comme celui-là,
que vous partirez un jour.
Et la Haute-Volta devint le Burkina Fasso
Publié dans : Poésie | le 9 juin, 2022 |Pas de Commentaires »

Il n’avait que 20 ans

Il est là ton garçon, on le voit, on l’entend
Ressurgi par miracle en ce jour mémorable
Triste de l’évoquer, et chacun le comprend ;
Comment te délivrer de ce poids qui t’accable ?
 
Un faux air détaché, l’allure déroutante,
Il avait la stature et l’aura d’un penseur,
Il rêvait en secret d’une vie exaltante,
S’opposant aux excès toujours en défenseur.
 
Il semblait cependant attiré par la mort
Tant le dégoût de vivre avait pris d’importance,
Méprisant le danger qui planait sur son sort
Il se souciait peu de sa propre existence…
 
LA voilà qui survient par une nuit de mai
Augurant d’un grand saut et d’aucune souffrance,
Sans remords faisant fi de tout ce qu’il aimait
Il va sereinement trouver sa délivrance.
 
 I l cherche aux aux alentours l’arbre qui lui convient
Ce grand chêne là-bas fera bien son affaire
Ce  solide cordon sera l’idéal lien
Voilà, il s’est pendu, il n’y a plus rien à faire!
 
Le  lendemain matin découvrant tout à coup 
Elle a un cri d’horreur: Il est gisant à terre
 La tête renversée avec la corde au cou
Voudrait ne pas y croire en sa détresse amère.
 
Et elle court vers lui, pensant porter secours
Mais non, il est trop  tard et s’en rend compte vite
« Lève-toi! » hurle-t-elle espèrant un recours
Mais son cri reste vain, hélas! c’est l’heure dite!
 
-:-:-:-:-:-:-
 
A présent il est là, plus grandi que jamais,
Ce colosse d’amour envahit tout l’espace,
Son univers étroit sans cesse le brimait
«Ce vide disait-il, m’opprime et me dépasse ! »
 
Djaé dis-moi ce soir, là-haut que penses-tu 
Enfin vas-tu trouver l’espoir qui te console
Et ce monde meilleur où trône la vertu ?
Enfin tu vas porter d’un ange l’auréole ...
 
 
21 Novembre 2003
Publié dans : Poésie | le 3 juin, 2022 |Pas de Commentaires »
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